• Un Valentin pour trois

    « Ce n'est pas de ma faute si elles m'aiment aussi ! »


       Valentin a 15 ans. Depuis quelques années il est passé du stade de « mauvais playboy » à celui de « gentleman ». Cependant, il ne souhaitait pas se retrouver avec trois Valentine sur les bras...

    Voici la première aventure de détective Victoire McVetty !

    Sommaire :

    Prologue

    Chapitre I

    Chapitre II

    Chapitre III

    Chapitre IV

    Chapitre V

  •   En cours, je décide de me concentrer sur mes leçons pour éviter de retrouver ma lèvre en sang. Mais avec Valentin derrière et Lou à côté, voler la trousse d'André à l'autre bout de la classe aurait été une plus simple mission !
      Dès que Lou tourne la tête pour X raison, il fixe Carla, et elle se retourne immédiatement pour sangloter. Lui continue de fixer Carla sans se soucier le moins du monde de Lou, et Nills me regarde en haussant les épaules, tout aussi désolé que moi.
      Je regarde aussi ce que deviennent André et Camille : lui semble plus ou moins remis de l'affaire, mais aux yeux rouges et gonflés de Camille, je devine qu'elle a pleuré toute la nuit, si pas plus...

      A l'interclasse, je balance ma chaise en arrière, comme à mon habitude, et l'appuie contre la table de Nills et Valentin, pour entamer une conversation avec le premier cité. L'autre a déjà filé dehors rejoindre Carla. Je propose à Lou de discuter avec nous...

      << Bon Lou, faut sérieusement que tu arrêtes de pleurer tout le temps, t'as les yeux rouges maintenant !
      - Mais je ne fais pas exprès...
      - Faut passer à autre chose !
      - Oui mais c'est tellement méchant ce qu'il a fait...
      - Essaie de le comprendre, on ne choisit pas de qui on tombe amoureux !
      - Oui mais quand même...

      Lou se retourne et se plonge dans son exercice. Mais elle est tellement triste qu'elle n'arrive à rien faire. Je glisse à Boris.

      - Tu en as parlé à Valentin ?
      - Ouais hier. Je lui ai parlé de Camille aussi.
      - Et il a dit ?
      - « Ce n'est pas de ma faute si elles m'aiment aussi ! ».
      - Ce n'est pas faux...
      - C'est même carrément vrai.
      - Oui effectivement... >>

      Notre professeur d'allemand entre dans la salle et nous demande de retourner à nos places. J'arrête de me balancer et sors mes affaires de langues, puis mon agenda, et compte combien de jours nous séparent encore du voyage à Londres...

      << Victoire !

      Je me redresse d'un coup.

      - Heu oui... Ja pardon ! Heu enfin ja ja...
      - Warum bist du...

      Alors que je traduis la phrase dans ma tête : "Warum bist du" "Pourquoi es-tu" on toque à la porte. Mon Dieu, je suis sauvée. Avant même que notre professeur ai pu répondre, le directeur entre. C'est son collège, vous allez me dire. Oui mais sa manie d'entrer avant que le professeur ai répondu m'agace tout de même... Nous nous levons tous, comme à l'accoutumée.

      << Je cherche l'élève Valentin Schultz.

      Valentin lève la main.

      - Venez avec moi.

      Il recule sa chaise, et s'apprête à suivre le directeur, quand celui-ci ajoute :

      - Prends tes affaires, tu ne risques pas de revenir avant longtemps.
      - Bien.

      Tandis que Valentin ramasse ses affaires, le directeur semble avoir une illumination :

      - Tiens l'élèves Victoire McVetty est dans cette classe, non ?
      - Oui c'est moi.

      Mon oui doit être trop joyeux puisque Mme Donan me lance un regard noir.

      - J'ai deux mots à te dire, tu viens avec. Et prends aussi tes affaires, on ne sait jamais. >>

      Super ! Au revoir l'allemand, au revoir professeur sadique !


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  •   A peine la porte s'est-t-elle ouverte que j'attrape mon sac et me dirige vers l'accueil.

      << Il faut absolument que je passe aux casiers !
      - Attends je t'accompagne !

      Et mince.

      - Et aux toilettes !
      - Tu ne chercherais pas plutôt à m'éviter ?
      - On dirait bien...

      Je marche très vite pour arriver aux casiers, attrape les cahiers et les livres dont j'ai besoin, et fonce aux toilettes. Une minute de plus avec lui et je meurs sur place. Ou je m'évanouis, au choix... Je reste planquée jusqu'à l'arrivée de ma première amie. Heureusement pour moi, le bus de Marguerite ne tarde pas. Je sors des toilettes dès que la porte du car s'ouvre, et il tente de me surprendre à nouveau en ouvrant la bouche. Mais je l'ai vu dans le reflet de mon téléphone, et le coupe :

      - Ne dis rien.

      A sa tête, il paraît étonné que j'ai anticipé sa remarque. Mais il retrouve son sourire charmeur habituel, et les mains dans les poches, me crie avant que je ne sois trop loin :

      - Je suis rassuré que tu ais retrouvé tes capacités de détective, Victoire McVetty !

      Je baisse la tête et accélère le pas : il s'imagine qu'avec ses beaux yeux il va m'empêcher de deviner ce qu'il se trame dans ce collège ?
      Marguerite semble étonnée de me voir de si bonne heure.

      - Ben alors, t'as passé la nuit ici ou tu étais seule dans ton bus ?
      - Je suis venue à vélo.
      - Oh je vois. Et pourquoi tu es énervée ?
      - Je ne suis pas énervée.
      - Ah non pas du tout, c'est pour ça que tu joues nerveusement avec la bride de ton sac, te mâchouilles la lèvre et tapes du pied comme Pan Pan ?
      - Comme qui ?
      - Pan Pan, dans Bambi, tu sais, le Disney trop triste !
      - Ah oui... Le lapin ?
      - Voilà ! Bon, dis-moi ce qui te tracasse ! lance-t-elle en ouvrant son casier et en commençant à chercher ses affaires.
      - Valentin et Carla. Et Arnaud.
      - Arnaud ? Qu'est-ce qu'il a fait ?
      - J'ai parlé avec lui ce matin.
      - Mais c'est génial !
      - Non, parce qu'il avait le dessus !
      - Victoire, tu sais, dans un couple équilibré, aucun des deux partenaires n'a le dessus ! Ou du moins, en permanence !
      - Ouais, tu as peut-être raison... Hé mais on ne sort pas ensembles ! >>

      Le reste des élèves arrivent, déversés par les bus ou en groupes d'amis venus à vélo depuis les villages très proches. Dès que je lance un regard à Arnaud, je le surprends en train de me fixer. Et il me répond par un haussement de sourcils, comme si il voulait dire : « J'ai le dessus Victoire McVetty ! ». Quand Ilana arrive, je suis en rogne et ma lèvre inférieure n'a pratiquement plus de peau. Heureusement pour moi, la sonnerie retentit, me séparant des couples sadiques et d'Arnaud qui jouit de sa supériorité... Je hais les collégiens amoureux. Je les hais.


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  •   Mon cours de clarinette me fit le plus grand bien : je me vidai la tête de toutes ces histoires d'amour complexes... Finalement, être seule avait un certain avantage : pas de déception comme Camille qui se considérait encore en couple avec Valentin depuis tout ce temps... « C'est juste une coupure passagère ! » disait-elle. Est-ce que ça incluait le fait qu'il se trouve une nouvelle petite amie ? Je ne pense pas. Au bout de l'heure, j'ai rangé mon instrument, ramassé mes partitions et dit au revoir à mon professeur. J'ai filé dans la cours du bâtiment pour enfourcher mon vélo le plus vite possible et rentrer à la maison me plonger dans les mathématiques pour continuer à avoir mon esprit loin de toutes ces histoires.
      Notre professeur de mathématiques est un féru d'énigmes, c'est pourquoi pratiquement tous nos exercices en sont. Personnellement, je trouve ça ludique et plus amusant que de calculer le prix d'un melon si on fait une réduction de 40% en tenant compte du machin du truc de la fonction de la moyenne du bidule...

      J’entrouvre les yeux, non sans difficulté, et appuie sur le bouton de mon téléphone pour qu'il affiche l'heure : 6h07. J'ai encore une heure et demi devant moi, génial. Je sors de mon lit, et fouille dans mon armoire pour trouver des vêtements pour aujourd'hui : super, un sweat beige Molly Brackens qui me va jusqu'au milieu des cuisses fera parfaitement l'affaire ! Je prends une bonne douche, lave mes cheveux et enfile mon sweat sur un collant rayé brun clair et blanc, puis je descends prendre mon petit déjeuner. En attendant, je fais un rapide tour des notifications de mon téléphone : 4 SMS auxquels je réponds rapidement, 23 Snap, donc 14 de Marguerite et 7 de Lou, et un appel manqué. Un appel manqué ?
      J'ouvre rapidement les Snap de Lou pour voir si ils sont comme d'habitude ou déprimant : comme d'habitude. Je laisse tomber ceux de Marguerite et regarde qui m'a appelée. Tiens, un numéro inconnu. C'est marrant ça ! Et même pas de message... Bon, je vais mener ma petite enquête au collège ! Oh non le collège, c'est vrai... Je vais retrouver trois dépressifs et des millions de couples qui me narguent. Je suis persuadée qu'au moins 10% d'entre eux le font exprès et que l'été arrivé ils ne seront plus ensembles, si pas avant !
      J'avale rageusement mon bol de céréales et remonte me coiffer et me brosser les dents. Comme il me reste une bonne heure devant moi, j'attrape mon sac et enfourche ma bicyclette, j'ai largement le temps d'y aller en vélo. Comme hier d'ailleurs, et avant-hier... En fait, depuis que ces histoires d'amour me tracassent !

      J'arrive au collège cinq minutes avant l'ouverture des portes, et donc trente-cinq minutes avant le début des cours. Je range mon vélo dans le garage prévu à cet effet, et observe qu'il y en a déjà un. Bleu, avec de la boue sur les roues, et un sac dessus. Je sais pertinemment à qui appartient ce sac : à Arnaud.

      << Tu es bien matinale dis-donc !
      - Toi aussi je te signale !
      - C'est vrai, je n'arrivais pas à dormir.
      - Ah bon et pourquoi donc ?

      La discussion était totalement stupide, mais au moins on se parlait...

      - Devine le ! Comme ça ça échauffera ton cerveau !
      - Très drôle... Peut-être pensais-tu à Valentin et Clara ?
      - Tu n'es pas trop loin...
      - Aux couples en général ?
      - Exactement. Tu es douée.
      - C'est gentil.

      Il pensait aux couples ? Et que pensait-il sur les couples ? Il faut que j'en sache plus !

      - Et que pensais-tu sur les couples ?
      - Je me disais qu'au printemps ils étaient beaucoup plus nombreux...
      - Saison des amours.
      - Et que moi j'étais seul...
      - On est plusieurs dans ce cas.
      - Et qu'avant que je te rencontre et bien ça n'était jamais arrivé.

      Je ne réponds pas.

      - Et bien quoi, tu n'argumentes pas ?
      - Je ne te suis pas bien Arnaud...
      - Alors comme ça je mène la danse ?
      - On dirait bien... je marmonne. >>

      Et la porte s'ouvre.


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  •   J'avais évidemment lu « Un scandale en bohème » et vu la série « Elementary » maintes fois, mais la théorie de mon cher Sherlock sur les sentiments amoureux soit disant « nuisibles » à tout bon détective n'était apparemment pas encore comprise par mon cerveau. Plutôt, celui-ci avait une fois de plus fait preuve de vantardise et affirmait - et affirme toujours - qu'Holmes tenait ces propos simplement parce que l'amour était un sentiment encore trop complexe pour qu'il puisse le maîtriser à son aise...

       Nous étions donc Ilana et moi cachées derrière un buisson un peu en aval de la maison de mademoiselle Carla. Nous les avions suivis, elle et Valentin, à la sortie du collège : à nouveau ils étaient rentrés ensembles, elle à pied, lui poussant son vélo. Elle observait la scène à travers ses jumelles, et me confirmait ce que je voyais moi simplement avec mes yeux. De temps à autre elle prenait des notes ou des photos... Nous étions ainsi occupées à observer le petit couple quand - j'avoue que Sherlock n'aurait jamais laissé une telle chose arriver, et que j'avais ce jour là fait preuve d'une beaucoup trop grande imprudence - on chuchota un « Bouh ! » à mon oreille. Je me retins de sursauter, et anticipant la réaction d'Ilana, lui couvrit la bouche avec ma main pour éviter tout cri capable de nous faire découvrir. Reprenant tout mon calme, je me retournai pour LE découvrir.
       LA femme d'après Sherlock est Irène Adler.
       LE garçon d'après moi est Arnaud Jung.
       Il me fixait de ses yeux bleus envoûtants, et me demanda avec sa voix si particulière :

       « Que faites-vous là ?
       - Je vois que tu formules tes questions comme un bon Français, j'en suis ravie !
       - Ne tente pas de changer de sujet, Victoire McVetty.
       - Mais pas du tout ! Je ne veux pas changer de sujet, c'est juste que ta façon de t'exprimer me plaît énormément !
       - Je le sais, tu me l'as déjà dit. Et puis il n'y qu'à toi que je parle de cette manière.
       - Vraiment ? C'est fort dommage !
       - Il faut savoir s'adapter au langage des autres Victoire McVetty.
       - Tu as sûrement raison Arnaud Jung... »

       Cela faisait si longtemps que nous n'avions pas conversé ! Ses répliques semblant sortir tout droit d'une pièce de théâtre française du siècle dernier, et les miennes d'une traduction de grande littérature anglaise avait-il déclaré un jour, toutes ces petites choses qui rendaient ces conversations tellement uniques... Tout cela m'avait tellement manqué ces deux dernières années !

       Un coup de coude d'Ilana me ramena sur Terre. Elle avait raison, je me faisais avoir comme Holmes. J'inventai un mensonge pour Arnaud qui me corrigea, disant que nous étions sûrement plutôt là pour observer Valentin et Carla, et que nier ne servait à rien. Sans qu'on ne lui demanda rien, il s'accroupit derrière le buisson et se mit avec nous à regarder les deux amoureux. Valentin venait de pousser Carla contre le mur et l'embrassait fougueusement. Je levai la narine et fronçai les sourcils en signe de dégoût, Ilana s'exclama qu'ils cachaient bien leur jeu au collège et Arnaud fixait la scène attentivement. Soudainement il se leva et retourna sur son chemin en nous adressant un au revoir de la main. Je le regardai s'éloigner ébahie, tandis que ma camarade se levait pour le rattraper. Arrivée à son niveau, elle s'exclama indignée : « C'est tout ? » ce à quoi il répondit tout en continuant sa route : « Je dirai jusqu'à Londres. ». Elle soupira et vint me retrouver, me rapportant ces quelques paroles, qui ne pouvaient dire qu'une chose : Arnaud pensait que l'histoire d'amour de Valentin et Carla ne durerait que jusqu'à Londres.
       Ce fut donc perplexes que nous rentrâmes chez Ilana...


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  •   Mon enquête avait commencé depuis deux jours seulement, quand j'eus ma révélation : Carla aimait Valentin.
      Je rentrais mercredi midi quand je vis mes deux camarades ensembles, rentrant chez eux, lui poussant son vélo, elle marchant à ses côtés.
       La chose semblait trop simple, trop évidente. Et pourtant les événements bousculés de la semaine suivante me confirmèrent le tout.
      Mais j'eus tout d'abord un autre indice de Camille laissé sur FaceBook. Elle était sortie avec Valentin en cinquième et en sixième, et ne semblait pas apprécier une action de Valentin, puisqu'elle avait marqué sur son mur : « Ca fait quatre ans que je t'aime, comment tu as pu me faire ça ? ». L'histoire me parut tout de suite plus compliquée que simplement renseigner Ilana.
       Si Carla avait aimé un garçon comme Louan, ou que Valentin ne l'avait pas aimée en retour - c'est ce que laissait clairement supposer le message de FaceBook - , et qu'en plus ! Valentin n'avait pas été aimé par Lou et Camille, et Carla par André, la chose n'aurait pas pris cette tournure...

       Comme je vous l'ai ci-dessus expliqué, nous nous retrouvions donc dans un pentagone amoureux très complexe. La solution idéale pour moi aurait été que Valentin aille avec Lou, André avec Carla, et Camille aurait vite trouvé quelqu'un d'autre, c'est sûrement celle qui aurait eu le moins de difficultés pour cela.
       Mais non ! Il fallut que ça se passe ainsi...

       Lou avait eu la très mauvaise idée de demander à Nills et Louan comment plaire à un garçon le vendredi. Les deux compères avaient tout de suite deviné qu'elle aimait quelqu'un, et, en la forçant, finirent par connaître toute l'histoire.
       Et lundi, tout tomba d'un coup. Quand je vous disais que c'était la saison des amours, sauf pour moi !
       Cela commença par Lou, qui demanda à Nills de la renseigner sur les sentiments de Valentin. Mais celui-ci répondit immédiatement que de toutes façons elle ne sortirait jamais avec lui. Une heure après, Marguerite apprend à Lou que Valentin a des vus sur une autre fille qu'elle dans la classe. Et comme si tout cela ne suffisait pas, Valentin va parler à Carla en tête à tête à la récréation. Personne ne sut de quoi ils parlèrent, mais ce n'était clairement pas du dernier contrôle de mathématiques. Pour bien achever Camille, Lou et André, la rumeur de leur « peut-être » futur couple circula toute la fin de journée dans la classe. Les trois camarades étaient démoralisés, et même mes mauvaises blagues ne firent pas rire Lou très longtemps...

       Le mardi, je surpris Valentin fixer Carla à plusieurs reprises, et ils échangèrent de nombreux rapides messages aux interclasses et aux pauses. Cependant, rien de plus n'arriva, autre que Camille avait une très mauvaise tête, que tous les garçons étaient retournés contre Valentin, sauf Nills, et que Lou ne le regardait même plus.
       C'est à ce moment que je décidai de pousser mon enquête plus loin. Le soir, j'informai ma mère que je me rendrais chez Ilana après les cours de la matinée, et que je rentrerai en vélo à temps pour mon cours de clarinette.

       Et c'est ainsi que je me retrouvai le lendemain cachée aux côtés de mon amie Juive, un appareil photo dans la poche, derrière des buissons, observant Valentin et Carla...


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